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Elise Blanchard, photo-reporter basée à Kaboul, lauréate du World Press Photo.

LE REGARD DE...

Elise Blanchard a habité à Kaboul depuis plus de 7 ans. Elle est arrivée dans la capitale afghane presque par hasard, et s’est propulsée au plus haut niveau mondial du photo journalisme en publiant, en 2025, un reportage sur les conséquences des coupes américaines sur les femmes afghanes qui sera publié en Une du TIME Magazine et lui vaudra un World Press Photo award. Elise Blanchard publie aujourd’hui « Dans la maison d’un Taliban », un livre témoignage publié aux Editions du Cherche Midi qui ne ressemble à aucun autre tellement la déflagration est puissante. un livre qui permet de comprendre et d’apprécier le quotidien d’une famille talibane et d’apprécier un dialogue étonnamment libre.

Rencontre avec une journaliste chevronnée, ultra engagée, dopée aux vibrations afghanes.

Comment es-tu arrivée au photo-journalisme ? 

Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, je n’avais pas de vocation particulière. c’est plutôt un enchaînement de situations, de rencontres, de gens qui ont croisé mon chemin et en qui j’avais confiance qui m’ont donné envie de découvrir l’Afghanistan. J’ai suivi le double cursus Sciences Po/ Columbia, qui m’a donné l’occasion de me rendre dans les camps de réfugiés afghans en France, puis j’ai accueilli des opportunités qui m’ont conduite à Kaboul. J’ai conscience d’une forme d’absurdité dans mes choix qui peut être un peu terrifiante, mais en fait, j’ai écouté mon instinct. En janvier 2019, je suis partie pour une mission de 3 mois. c’était il y a 7 ans!

Donc tu es tombée amoureuse de l’Afghanistan? 

Je n’irais pas jusque là. mais je dois dire que la situation du pays me touchait. J’avais déjà travaillé dans des orphelinats à Bamako. j’ai tout de suite été sensible à l’injustice, la corruption. j’ai vu que les choses ne fonctionnaient pas comme elles le devraient.

Surtout, j’avais envie de raconter l’Afghanistan de l’intérieur, d’aller en profondeur. J’ai le sentiment que l’on parle souvent de ce pays comme d’un film ou un livre alors qu’il y a tant à dire, autrement !

J’ai clairement vécu 2 époques. une première avant l’été 2021 (et la prise du pays par les Taliban, ndlr) et une seconde après ce même été 2021. j’ai encore des souvenirs très précis de cet été : j’étais à l’aéroport, je ne voulais pas quitter le pays, je voulais aider des afghans à « sortir » mais j’ai dû rejoindre la France, pour des raisons de sécurité. la violence était extrême pendant ces quelques jours. D’ailleurs, quand c’est devenu la panique à l’aeroport c’est la première fois que j’ai cru que j’allais mourir.

Pour qui as-tu travaillé en Afghanistan ?

Pour l’Agence France Presse au début, pendant 2 ans.Je travaillais en parallèle pour des ONG, (notamment l’ONU, Médecins sans frontières, Action contre la faim), sur des reportages photos.

Au bout de 2 ans, mon contrat à l’AFP a pris fin. Et moi j’ai décidé de rester pour couvrir des sujets que j’avais un besoin viscéral de traiter.

C’est à partir de ce moment là que je me suis concentrée sur la photo. de façon naturelle, je me suis tournée vers les magazines anglo saxons. Ma Une du TIME Magazine sur mon sujet sur les conséquences des coupes d’aides américaines sur la mortalité dans les campagnes a été un des points d’orgue.

Je t’ai souvent entendu dire que tu étais épuisée. S’agit il d’une fatigue physique ou mentale? 

Les deux. Mais la fatigue mentale me broie davantage, c’est incontestable. depuis 4 ans, je ne fais que travailler. J’ai un trop plein mental. Je suis isolée, forcément, sans vie sociale, dans un pays qui se définit par le manque de joie.

J’ai conscience que vivre dans un pays aussi étouffé, c’est mourir à petit feu.

En travaillant en Afghanistan, as-tu l’impression d’etre utile? de remplir une mission? 

Oui et non.

Je témoigne au monde entier de la situation de ce pays et c’est énorme. Cela me nourrit. Et pourtant, mon sentiment d’impuissance me submerge. il y a un gouffre énorme, abyssal, entre eux et moi en raison de la religion. je serai toujours à distance. Certaines filles rencontrées au hasard de mes reportages me confient vouloir se suicider tant la situation est crispée dans le pays et je ne peux rien faire. C’est bouleversant. Ce poids de l’impuissance est extrêmement dur à porter.

 

Ton livre sort le 30 avril, c’est un témoignage hors du commun. Dans quel état d’esprit es-tu? 

C’est un travail de longue haleine. Ce livre m’a pris 4 ans de ma vie. C’est incroyablement dur. J’ai hâte de partager ce que j’ai vécu!…

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