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Olivier Morin, photographe, surfeur en eau gelée et amoureux des sensations fortes

LE REGARD DE...

Olivier Morin est photoreporter à l’AFP depuis 1990. Basé successivement à Bordeaux, Lille, Stockholm ou Milan, il est aujourd’hui rédacteur en chef France du département photo. Ce sont ses exploits sportifs qui m’ont attirée. Passionné de surf, Olivier a découvert la pratique de ce sport en eau froide, voire glaciale dans les îles Lofoten, en Norvège, il y a quelques années. C’est désormais un rite, il surfe là-bas plusieurs fois par an, qu’importe la température de l’eau ou de l’air. Un pari fou et vivifiant.  

 

Pourquoi la photo, comment êtes-vous tombé dans le bain ?

Par flemme 🙂 !

J’ai toujours préféré aller le plus vite possible dans la compréhension des choses. Les mots, essentiels dans tous les domaines, n’échappaient pas à cette règle. Il m’arrivait, quand j’étais ado,  de « lire » des BD sans en en parcourir les bulles, justes les dessins. Avec la qualité des BD comme Tintin, Asterix, Lucky Luke … J’en comprenais l’histoire. Avec du recul , je crois que cette que cette approche, très immature, non recommandable, a façonné mon œil .

 

Vos photos vous permettent-elles de retranscrire des émotions ou des évolutions sociétales? Ou les deux? Ou davantage? 

Une grande majorité des couvertures ayant été du sport dans ma carrière, l’émotion fait partie intégrante de la photo de sport.  Joie, tristesse, effort , sur-effort, victoire, défaites etc.. . Tout n’est qu’émotion. C’est une des parties que je préfère aujourd’hui : le ressenti. C’est ce que je trouve lorsque je photographie des surfeurs sur les côtes arctiques de la Norvège ou ailleurs dans le froid.

 

Vous avez deux passions, le surf et la Norvège, et vous avez réussi à fusionner les deux. Comment vous y êtes vous pris?

Plus exactement le Surf et le froid (depuis toujours). Il se trouve que la Norvège, pour l’Europe, est le plus accessible rapidement pour y trouver des vagues régulières en raison de sa côte ouest exposée à la houle d’Atlantique Nord. Et que tout est enneigé l’hiver.

Depuis, je suis tombé sous le charme de cette côte arctique des Iles Lofoten en hiver.

Il y a 7 ou 8 ans, je suis tombé par hasard sur un article de Tom Curren (légende californienne du surf mondial dans les 80’s)  qui s’était essayé à surfer à Unstad (Lofoten). Ça a été  le déclic. Depuis, je n’ai cessé, en m’y rendant plusieurs fois, d’essayer de raconter le plaisir et/ou le quotidien du visiteur ou de l’autochtone de surfer dans du froid. Là encore le ressenti.

 

Comment est-ce que cela se passe, concrètement, le surf dans une eau à 4 degrés? 

Aujourd’hui, l’équipement permet de surfer ou de s’immerger par tous les temps et toutes les conditions.

La différence avec les zones tempérées est cette épaisseur de la combinaison qui rend les gestes (ramer notamment pour passer sous les vagues et revenir au line-up) beaucoup plus fatigants. Dans du tempéré les combinaisons font 4mm-3mm (tronc-membres), très souple. Pour les conditions arctiques on est plutôt dans du 6mm-5mm, moins souple.

Et les chaussons d’une épaisseur d’environ 6-7 mm, qui modifient un peu au départ  le « touché » de planche.

Dans l’eau je porte une combinaison « humide » (non étanche) de 5,5 mm, en géoprène (néoprène végétal), des chaussons de 7mm, des gants de 6 mm, des palmes courtes pour me déplacer rapidement  et en sécurité. L’appareil photo est dans un caisson étanche.

L’hiver dernier, la vague de froid alimentée qui a sévi sur l’Europe du Nord n’a pas épargné la Scandinavie et les îles Lofoten… Il y a fait si anormalement froid, qu’un soir, très venté, à la sortie de l’eau après des prises de vues aquatiques et de nuit, dans les 50m qui séparaient la plage de la voiture, ma combinaison blanchissait et se durcissait. Elle était en train de geler. Il faisait – 27°C au thermomètre de la voiture, mais, au vent, on était bien en-dessous….

S’extraire de ces combinaisons est difficile en général et dans le froid en particulier, ça peut nécessiter une aide extérieure. Une fois nu et à l’air libre, il faut s’habiller assez vite car c’est là qu’on se refroidit vraiment, même si cette transition n’est plutôt agréable…

Il m’est d’ailleurs souvent arrivé de garder cette combinaison sur moi toute la journée, y compris en conduisant pour changer d’endroit, soit parce que c’était plus confortable soit parce que je n’arrivais pas à l’enlever seul.

 

Comment réussissez vous à prendre du plaisir dans ces conditions?

M’immerger dans une eau glacée, est un vrai plaisir, mes sens sont plus aiguisés, épurés, les sensations sont très intenses, elles m’amènent réellement à un autre état. Comme s’il ne me restait que l’essentiel. Dans ces moments là, Je ne me sens plus trop sur la même planète.

Le plaisir dans ces conditions est un plaisir qui s’articule autour du ressenti et du visuel. Il faut s’être immergé une fois dans cet océan à 4 degrés C et surplombé par ces fjords enneigés pour comprendre qu’il est extrêmement facile de s’y sentir ailleurs. Le décor est aussi efficace que le ressenti.

Ca a un effet de caresse, froide certes, mais une caresse, apaisante, relaxante et tonifiante à la fois…  On se sent très très vivant.

C’est une addiction, une vraie.

 

Lorsque vous êtes sur votre planche et dans une eau aussi fraiche, avez vous le sentiment de vivre une expérience particulièrement rare? 

Oui. Il y a un vrai exotisme à s’immerger dans ces endroits là, la banane qui se lit sur tous les visages qui sortent de l’eau dans ces conditions, néophytes, ou confirmés, baptème ou pro, témoigne du plaisir aussi extrême que le sont ces conditions.

Quand, en plus les aurores boréales, illuminent les soirées. Irrésistible et inoubliable. Hypnotisant. Addictif

 

 

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