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Laurent Boillot

LE REGARD DE...

Quand certains contrôlent de façon frénétique le nombre de pas effectués chaque jour, d’autres sont addicts aux prévisions en matière de pollution. C’est désormais un rituel, chaque matin, Laurent Boillot vérifie s’il va pouvoir respirer correctement. Cette habitude, il l’a prise lors de ses nombreux voyages en Chine. Pourtant, son coin de paradis chinois est encore protégé. Au Yunnan, poumon vert de la Chine et berceau des thés de l’humanité Laurent Boillot est tombé sous le charme d’une forêt qui abrite le thé originel, l’extraordinaire thé Pu’Er. Convaincu du potentiel cosmétique de ce thé convoité et tombé amoureux du lieu unique au monde, Laurent Boillot va se battre pendant trois ans pour créer une nouvelle marque au sein d’LVMH.
Son audace et ses convictions payeront. Cha Ling est lancée en France et à Hong Kong début 2016 et s’inscrit comme la première marque de cosmétique sino-française. Aussi étonnant que cela puisse paraître, ce n’est pas pour déplaire à nos amis chinois. Explications de Laurent Boillot, Président de Guerlain et de Cha Ling.

Quelle a été la genèse de cette marque ?
Cha Ling est avant tout l’histoire d’une rencontre. Rencontre avec Joseph Margraf, un botaniste allemand d’abord. C’est lui qui a découvert avant les autres cette « terra incognita » où poussent les théiers de forêt, à l’abri de toute pollution. C’est lui qui m’a permis de comprendre que l’origine botanique du thé sur la planète se trouve là, dans le Yunnan, aux confins de la Birmanie. Il faut savoir que ce patrimoine a été détruit à 80% par la transformation de la région et le développement à marche forcée de la culture de l’hévéa.
Il y à 10 ans, Joseph réussit à convaincre le gouvernement chinois de lui confier 400 hectares dans le Yunnan pour créer sa propre réserve. Il la baptise « laboratoire de rainforestation ».

Mais Joseph, comment l’avez-vous rencontré ?

Nous faisions des études très poussées sur l’orchidée impériale pour Guerlain. C’est dans ce cadre que j’ai découvert les forêts originelles et la réalité de l’arbre à thé qui est un des piliers de la médecine traditionnelle chinoise. Joseph défendait l’idée que la qualité du thé dépend de sa biodiversité. Joseph est aujourd’hui décédé. C’est son épouse, Mingo-Li, qui poursuit son combat depuis sa mort. En 2011, elle cherchait des financements et c’est alors qu’a germé l’idée d’une nouvelle ligne.
Comme le thé est un antioxydant, j’ai tout de suite pensé qu’il devait y avoir des molécules qui pourraient être l’épine dorsale d’une gamme de cosmétiques. Plus tard, nous découvrirons que les galettes de thé Pu’Er, premier thé culturel chinois, aux propriétés médicinales incroyables permettent de développer des actions anti-âge. Cha Ling était né.
C’est la magie de la rencontre avec Joseph puis Mingo-li qui a permis de faire jaillir l’étincelle Cha Ling.

Si votre idée est si formidable, pourquoi les chinois ne l’ont-ils pas eue avant vous ?
On a tendance à l’oublier, les chinois n’ont pas confiance en eux. Aujourd’hui, ils nous remercient de s’être intéressé à leur thé ! La notion de transmission est fondamentale. Les chinois ne croient pas au « Made in China » pour leur propre consommation. Ils préfèrent acheter étranger. C’est rassurant.
Mais attention, les choses changent. On assiste à une explosion de créateurs chinois dans le domaine de la mode par exemple. Je suis convaincu que tout va s’accélérer grâce à leur intelligence, leur savoir faire et le transfert de compétences.

Il y a tout de même un immense paradoxe entre les mégalopoles comme Shanghai ou Pékin et les forêts millénaires dont vous me parlez. Cela ne vous gène pas ?
On réalise encore peu la conscience écologique de la Chine. Je ne dis pas que les chinois sont parfaits, je dis que les choses changent et qu’il y a une véritable volonté de prendre en compte l’environnement et notamment le Yunnan comme le poumon vert de la Chine. Il n’est pas impossible qu’ils soient un jour aussi irréprochables en matière d’environnement que les Etats unis sont pollueurs…

Avez-vous encore d’autres projets avec cette marque ?
Bien sur ! Notre force, c’est la réalité de cette histoire. Mais dans ce projet, il y a encore beaucoup de rêves. Je caresse l’idée d’ouvrir un « retiro », une zone de retraite hôtel & Spa avec initiation à la méditation.

Votre plus beau voyage ?

Je vais peut être vous étonner. Mais je n’ai pas vu plus beau au monde que cette forêt du Yunnan. Arpenter l’origine botanique du thé sur la planète. C’est un spectacle presque surnaturel.